Depression et le gêne 5-HTTLPR pour les psychologues

Chaque année, on dénombre près de 300 millions de personnes dans le monde concernées par ce trouble grave de l’humeur : la dépression. Pendant longtemps, on s’est interrogé sur les causes des troubles anxieux ou dépressifs. On sait aujourd’hui le rôle déterminant des facteurs psychologiques et environnementaux sur l’apparition de ces troubles qui vont croissant dans une société toujours plus anxiogène. Ce que l’on sait moins c’est le rôle de la génétique.

Une étude scientifique récente pilotée par le CNRS/UPMC/CHU Pitié Salpêtrière vient de le démontrer. Le coupable serait un gêne spécifique impliqué dans la régulation de nos émotions : le gêne 5-HTTLPR. Certains individus auraient donc dès la naissance des prédispositions génétiques à l’anxiété ou la dépression.

Le rôle essentiel du gêne 5-HTTLPR dans le terrain dépressif :

Des travaux récents réalisés sur des individus anxieux ou dépressifs ont mis en évidence le rôle essentiel d’une zone spécifique du cerveau: l’amygdale. Cette structure fait partie du système limbique, impliquée dans la reconnaissance et l’appréhension de nos émotions, en particulier dans la peur et l’anxiété. Sa fonction essentielle est le décodage des stimuli pouvant nuire au bon équilibre de l’organisme. Ces études, bientôt publiées dans la revue scientifique Human Brain Mapping en novembre 2011, démontrent clairement que chaque individu a une réponse spécifique aux différentes techniques psychothérapeutiques en fonction de la forme du gêne 5-HTTLPR. Durant cette étude inédite via une Imagerie par Résonance Magnétique (IRM), on a présenté des images agréables ou désagréables à chacun des 45 individus sains participants. Les résultats ont différé chez les individus porteurs de la forme courte des individus porteurs de la forme longue de ce gêne. Fait incroyable : les porteurs de la forme courte ont une activité plus importante de l’amygdale et inversement pour ceux porteurs de la forme longue.

Par ailleurs, il y a une interaction directe entre le stress subi par les personnes ayant vécu des événements douloureux ou traumatisants et l’activation de cette structure du cerveau, l’amygdale.

On savait depuis les travaux du professeur Joseph Ledoux datant de 1998 que les individus souffrants de troubles anxieux ou dépressifs présentent une activation exagérée de l’amygdale. Ce qu’on réalise aujourd’hui, au travers de cette étude sans précédent, c’est l’influence complexe de notre patrimoine génétique sur le fonctionnement du cerveau limbique et plus précisément de l’amygdale, une zone déterminante dans la gestion de nos émotions. Ainsi, il serait possible d’adapter plus spécifiquement des techniques thérapeutiques comme la thérapie cognitive mises en œuvre dans le traitement de l’anxiété et de la dépression. La dépression est l’un des troubles psychiatriques les plus fréquents et touche principalement les pays occidentaux. En France, la consommation des médicaments antidépresseurs et anxiolytiques atteint des sommets. On comprend mieux pourquoi de nombreux chercheurs tentent de comprendre les mécanismes d’apparition des troubles anxieux ou dépressifs. Cette étude est un début de piste plutôt prometteur dans la compréhension de ce qui constitue d’après l’Organisation Mondiale de la Santé, la deuxième cause d’invalidité à travers le monde, après les troubles cardiovasculaires. Affaire à suivre…